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Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), la santé mentale est un état de bien-être qui permet à chacun de réaliser son potentiel, de faire face aux difficultés normales de la vie, de travailler avec succès et de manière productive, et d’être en mesure d’apporter une contribution à la communauté. Et sur le terrain ? Un chiffre clé ressort d’un dernier sondage français : 34 % ont envisagé de quitter leur entreprise pour préserver leur santé mentale.
Les salariés renforcent leurs ressources individuelles (stress personnel, forme, équilibre), peut-on lire dans l’analyse du 3e baromètre santé mentale en entreprise de la plateforme en prévention santé mentale Teale, mais les signaux organisationnels décrochent : moins de reconnaissance, un stress au travail moins « acceptable », des perspectives et des relations qui s’érodent. Et ceux qui ne quittent pas leur entreprise y sont moins attachés.
Si la productivité perçue reste stable à 59,8 % (+0,5 points par rapport au 2e baromètre), la reconnaissance perçue recule de 3,4 points (62 %). La reconnaissance est un point de rupture : elle s’impose désormais comme un facteur déterminant. Seuls 43,4 % des salariés qui envisagent de quitter leur entreprise se sentent reconnus, contre 72,6 % parmi ceux qui choisissent de rester.
Autre donnée, parmi ceux qui envisagent de quitter l’entreprise, l’alignement de leurs valeurs avec celles de leur entreprise est de 39,5 % (contre 75,3 % chez ceux qui restent). Et l’avenir perçu est un facteur décisif : quand les perspectives d’évolution à tous points de vue chutent, l’idée de partir s’installe. Dans ce sondage, ceux qui partent ont 37,5 % de perspectives positives (contre 70 % chez ceux qui restent).
Quant au niveau de stress “acceptable” (gérable) au travail, il décroche, perdant 2,4 points. Au final, près de 4 salariés sur 10 ne le jugent plus gérable (61,1%).
Le soutien de la part du management ne suffit pas. Il ne compense pas le système, c’est-à-dire l’absence de signaux organisationnels suffisants (marge de manœuvre limitée sur la charge, les priorités, les moyens, la reconnaissance structurelle).
Cette 3ᵉ édition le rappelle, souligne Nicolas Merlaud, cofondateur de Teale : la prise de conscience ne suffit plus. « Les salariés s’outillent pour tenir et se protéger, souvent avec l’impulsion de leur employeur, sans toujours percevoir une amélioration équivalente du cadre de travail. Or, une transformation profonde des modes d’organisation et de management est nécessaire pour produire un impact systémique. Ce décalage nourrit une distance : on tient, mais on s’attache moins ; et l’idée de partir pour se préserver reste massivement présente. »
Le phénomène de retrait discret s’accentue chez les femmes et chez les employés qui n’occupent pas de fonctions managériales. Ces groupes constatent plus fortement que les autres un affaiblissement des relations professionnelles, de la reconnaissance et du sens attribué à leur travail.
Si, en 2025, la parole se libère, et l’amélioration de la santé mentale est réelle, elle se joue d’abord sur le terrain des ressources individuelles. En effet, les salariés apprennent à réguler, à mieux gérer leur stress, à mieux protéger leur équilibre. Pourtant, le cadre de travail reste perçu comme insuffisamment soutenant : les signaux de reconnaissance, de sens et de conditions de soutenabilité n’évoluent pas au même rythme.
Ce constat est d’autant plus éclairant qu’il est dressé auprès d’organisations/entreprises déjà bien avancées et concernées par la santé mentale puisqu’ayant déployé les outils de prévention en santé mentale Teale : ces chiffres permettent donc de comprendre ce qui se passe au-delà de la prise de conscience. Les normes de self-care (prendre soin de soi) sont intégrées… mais la transformation du travail réel reste incomplète.
Car l’autonomie psychique” est devenue la norme… mais inégalement soutenable par tous les salariés. Tanguy Mousserion, docteur en sociologie & data analyst, membre du conseil scientifique de Teale explique : « Une autonomie est demandée à tous, alors que tous n’ont pas les mêmes ressources pour l’endosser : se protéger, se former, arbitrer, apprendre à dire non, gérer son stress… Le message dominant devient : “pour tenir, c’est à vous d’ajuster votre posture et votre hygiène mentale” ».
C’est pourquoi il est essentiel pour les managers d’ identifier les collaborateurs pour lesquels la gestion du stress est difficile, la charge mentale reste importante ou les progrès en matière de régulation émotionnelle sont insuffisants, afin de mettre en place des actions ciblées.
Repères : 2 600 € par an et par collaborateur, c’est le coût des départs non-souhaités liés à la santé mentale (40 % du turnover).

Source : Source : 3ᵉ édition du Baromètre de la Santé Mentale des salariés Teale, réalisé auprès de 10 000 collaborateurs en France, issus de plus de 100 entreprises de toutes tailles (PME, ETI, grands groupes) et de secteurs variés (pharmacie, conseil, services financiers, luxe, distribution, etc.). https://www.teale.io/ressource/barometre-de-la-sante-mentale-des-salaries#telechargement

Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Emmanuel Ducreuzet