Alcool : des addictologues réclament plus de taxes

[11 octobre 2018 - 13h07] [mis à jour le 11 octobre 2018 à 17h25]

La prévention contre l’alcool est-elle prisonnière de puissants lobbies ? Les signataires d’une lettre adressée à Agnès Buzyn, ministre de la Santé, n’en doutent pas. Ils dénoncent par ce texte l’absence de mesures pour faire baisser la consommation, notamment chez les jeunes. Objectif, comme pour le tabac, réduire les risques sanitaires.

Deuxième cause de cancers, première cause de démence précoce et de mortalité chez les 15-30 ans. Sans oublier les violences faites aux femmes et aux enfants. La consommation d’alcool induit de nombreuses conséquences néfastes pour la santé. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le rappelait récemment dans un rapport sur la question.

Pourtant cette substance est toujours libre d’accès. Son commerce n’est de plus pas soumis aux mêmes mesures que le tabac. C’est ce que dénoncent les auteurs d’une lettre adressée à Agnès Buzyn, ministre de la Santé ce 11 octobre.

Hausse du prix et contrôle du marketing

Plus précisément, « l’alcool est le grand absent du financement [du] Fonds de lutte contre les addictions liées aux substances psychoactives », déplorent les auteurs du courrier, parmi lesquels plusieurs addictologues, membres de l’Association nationale de Prévention en Alcoologie et Addictologie (ANPAA). Lequel fonds n’est encore qu’un « effet d’annonce » selon l’ANPAA. Le Haut Conseil de la Santé publique (HCSP) envisage en effet sa création en élargissant le fonds actuel de lutte contre le tabac.

Pourtant, « taxer plus fortement l’alcool est indispensable pour financer la prévention et les soins et surtout pour réduire sa consommation, notamment celle des plus jeunes », insistent-ils. Ainsi, « les excellents résultats obtenus en matière de lutte contre le tabac (1 million de fumeurs en moins en un an) grâce à la hausse [de son] prix, montrent […] la voie à suivre car ils confirment l’efficacité des mesures de taxation et de contrôle du marketing », rappellent-ils.

Le pictogramme grossesse pour détourner l’attention

Au lieu de mettre en place les mesures nécessaires pour lutter efficacement contre les méfaits de l’alcool, « le « grand » plan de prévention de l’alcoolisme du Gouvernement se résume aujourd’hui à une discussion picrocholine* sur la taille en millimètres du pictogramme pour les femmes enceintes », ne décolèrent pas les auteurs de la lettre à la ministre. En clair, « cette négociation dérisoire avec les lobbies alcooliers n’est à la hauteur ni des ravages causées par l’alcool, ni des attentes des Français qui sont en droit d’exiger une protection cohérente et efficace face aux addictions ».

Toutes ces raisons poussent les auteurs à réclamer que « sans attendre, la Loi de financement de la Sécurité Sociale [intègre] dès 2019 :

Une taxe sur les boissons alcoolisées en fonction du gramme d’alcool pur pour financer les soins.

Une taxe sur les dépenses de publicité – y compris sur Internet – pour financer la prévention. »

*conflit entre des institutions ou des individus, aux péripéties souvent burlesques et dont le motif apparaît obscur ou insignifiant

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