BPCO : en finir avec le retard de diagnostic chez les femmes

19 janvier 2026

Longtemps associée à des représentations masculines, la BPCO touche désormais autant, ou presque, les femmes que les hommes. Pourtant, un biais cognitif persistant chez les professionnels de santé induit un retard de diagnostic chez les patientes.

La bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) touche près de 7,5 % de la population de plus de 45 en France. Une très grande proportion de cas n’est pas diagnostiquée, entre les 2/3 et 90 % selon les chiffres avancés par la Haute autorité de Santé. Bien plus fréquente chez les hommes voici une vingtaine d’années, le ratio homme – femme s’est depuis équilibré, du fait, essentiellement, de l’explosion du tabagisme chez les femmes. Pourtant, chez elles, le diagnostic de la BPCO reste plus tardif et moins fréquent.

Largement associée à des représentations masculines, la BPCO n’est pourtant plus aujourd’hui une maladie d’hommes. « Mais c’est de là que vient le biais cognitif qui persiste actuellement. Si ce tableau a pu être vrai à une époque, il ne l’est plus du tout dans les études de prévalence de la BPCO dans le monde. On a désormais un équilibre entre les hommes et les femmes », souligne le Pr. Nicolas Roche, chef du service de pneumologie à l’hôpital Cochin (Paris) lors d’une conférence de presse organisée vendredi 16 janvier à l’occasion du 30ème congrès de pneumologie en langue française.

Un délai de diagnostic deux fois plus long chez les femmes

Et selon ce spécialiste, ce biais cognitif démontré dans une étude voici une vingtaine d’années, est encore largement ancré. « Face à une personne d’une cinquantaine d’années qui tousse, présente des sifflements, est essoufflée, fait des bronchites à répétition, un professionnel de santé aura tendance a diagnostiqué une BPCO si le patient est un homme, un asthme si c’est une femme, note le Pr. Roche. Selon une étude espagnole de 2025, si une personne consulte avec ces symptômes, le délai entre la consultation et le diagnostic est deux fois plus long si le patient est une femme que si le patient est un homme ». Dans le détail, cette étude qui portait sur 166 patients nouvellement identifiés en soins primaires montre un délai de 133 jours avant d’obtenir un diagnostic chez les femmes, contre 66 jours chez les hommes.

L’accès à une prise en charge adaptée est donc plus tardif chez les femmes alors même que celles-ci présentent une susceptibilité plus grande à la maladie. « A tabagisme égale, les BPCO des femmes sont plus sévères et précoces », précise le Pr. Roche. Le retentissement de la maladie est plus important chez les femmes, avec notamment, une dyspnée (sensation de difficulté à respirer) plus marquée à fonction respiratoire équivalente. L’étude espagnole confirmait aussi un score d’intensité des symptômes plus élevé chez les femmes. Elles présentaient davantage de limitations à l’effort, de consultations, de recours aux urgences et d’exacerbations avant le diagnostic.

Une spirométrie au moindre doute

Le profil clinique des femmes atteintes de BPCO est donc plus sévère au moment du diagnostic. En cause, notamment, une susceptibilité féminine accrue au tabac. Les données épidémiologiques montrent qu’à consommation cumulée de tabac identique, les femmes présentent un risque accru de déclin du volume expiratoire maximal par seconde (VEMS), de dyspnée et de BPCO sévère.

Les professionnels de santé doivent prendre conscience de l’ampleur de la BPCO chez les femmes. Selon le Pr. Roche, il faut y penser « chez les femmes aussi facilement et fréquemment que chez les hommes. Cela suppose de repérer systématiquement les symptômes respiratoires – dyspnée, toux, expectoration, bronchites à répétition ou qui durent – chez toute femme de plus de 40 ans, ou plus jeune en cas de tabagisme précoce ou important, ou d’expositions particulières ». Il recommande la réalisation d’une spirométrie au moindre doute (mesurer les volumes pulmonaires et les débits expiratoires, débit de l’air expulsé lors d’une expiration « forcée ») et un recours systématique au questionnaire de détection disponible sur Ameli.fr.

À noter : ce biais persiste aussi dans la recherche. « Dans les récents essais thérapeutiques, on trouve en moyenne 70 % d’hommes, 30 % de femmes. Une fois de plus, cela traduit un biais car la réalité de la population BPCO c’est 50/50 et pas 70/30 », regrette le Pr. Roche.

  • Source : Conférence de presse du 30e congrès de pneumologie en langue française

  • Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet

Destination Santé
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