Cancer de l’enfant : congeler les tissus pour sa fertilité future

[27 mai 2013 - 09h57] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h56]

La congélation des tissus ovariens et testiculaires est la seule technique permettant de préserver les chances de fertilité d’un enfant traité pour un cancer. ©Phovoir

Préserver la fertilité future des enfants atteints de cancer. C’est le but de la congélation des tissus ovariens et testiculaires. De nombreux traitements anticancéreux en effet, peuvent provoquer des séquelles à long terme en matière de reproduction. Des techniques sont aujourd’hui disponibles pour que ces petits malades aient l’espoir d’être un jour parents.

 De nombreuses chimiothérapies anticancéreuses, l’irradiation dans la région gonadique et la chirurgie des gonades (les ovaires ou les testicules) peuvent induire des séquelles tardives ayant un impact sur la fertilité. Les petites filles sont « à risque de développer une dysfonction hormonale ovarienne ou une infertilité du fait de la gonadotoxicité de certaines molécules de chimiothérapie et/ou radiothérapie », explique l’Académie nationale de médecine.

Chez le garçon, « la cellule germinale souche ou spermatogonie constitue une cible de choix de la toxicité des traitements du cancer avec un risque de stérilité ». Ainsi, ces enfants et adolescents risquent de ne jamais pouvoir procréer.

Or, il existe depuis une quinzaine d’années, des techniques de préservation de tissu germinal qui peuvent avoir le même objectif que celles utilisées pour les gamètes (les ovocytes et les spermatozoïdes). Elles reposent sur la congélation de tissu testiculaire ou ovarien. Toutefois, la différence réside dans l’absence de spermatozoïdes chez le garçon pré-pubère tandis chez la fille, des ovocytes immatures sont présents comme chez l’adulte.

Des techniques pleines d’espoir

Pour les petites filles pré-pubères, la cryoconservation (soit la congélation) de cortex ovarien est la seule technique existante de préservation de la fertilité. « Cette approche prometteuse permet le stockage d’un grand nombre de follicules, qui pourront être, dans l’avenir, soit transplantés au sein de fragments d’ovaires, soit cultivés pour obtenir des ovocytes matures », explique l’Académie.

« Nous ne pouvons pas affirmer aujourd’hui que cette technique ait fait la preuve de son efficacité», souligne toutefois le Pr Pierre Jouannet, ancien président de la fédération des Cecos (Centre d’études et de conservation des œufs et du sperme) et membre de l’Académie nationale de médecine. Les enfants ayant bénéficié de ces prélèvements en effet, n’ont pas encore atteint l’âge de procréer. Malgré tout, « l’expérience d’autogreffe de tissu ovarien chez l’adulte fournit l’espoir d’une réussite chez l’enfant ». Grâce à cette technique, « une vingtaine d’enfants est déjà né de part le monde », poursuit-il.

Plus difficile chez les garçons

« La congélation du tissu testiculaire est un procédé récent de préservation potentielle de la fertilité masculine », indique l’Académie de médecine. Toutefois, « si les ovocytes sont fabriqués pendant la vie fœtale chez la fille, il n’y a que des cellules germinales souches dans le testicule d’un garçon pré-pubère », explique le Pr Jouannet.

Qu’il s’agisse d’une transplantation de fragments de testicules ou de cellules souches, « ces techniques n’ont à l’heure actuelle été expérimentées avec succès que sur la souris ». Toutefois, l’espoir reste permis. D’autant que ces techniques ont été autorisées par la dernière révision de la Loi de Bioéthique en 2011.

Ecrit par : Dominique Salomon – Edité par : Emmanuel Ducreuzet

 

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