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Le médulloblastome est le cancer cérébral le plus fréquent chez les enfants. Il se développe dans le cervelet et constitue un groupe des tumeurs très hétérogènes et biologiquement complexes. Les chercheurs ont pu, ces dernières années, identifier 4 sous-groupes principaux, grâce à l’identification des mutations ADN et des variations dans l’expression de certaines gênes.
Afin d’en savoir encore davantage sur ces tumeurs, dont les cas les plus graves sont difficiles à traiter, une équipe de l’Institut Curie, du CNRS et de l’Inserm a étudié « 384 échantillons de médulloblastomes issus de la cohorte MB COMICS, provenant de France, des Etats-Unis, d’Allemagne et du Canada et enrichis de cinq niveaux d’information omiques », explique l’Institut Curie dans un communiqué du 16 janvier. Les différentes données omiques permettent de capturer les informations sur les processus biologiques se déroulant à différentes échelles de la cellule. Elles offrent une vision globale des différentes molécules et de leur interaction au sein d’un organisme. Une analyse bio-informatique a ensuite permis de croiser l’ensemble de ces données.
Les analyses ont révélé plusieurs informations précieuses sur le médulloblastome de groupe 3, le moins bien caractérisé et qui figure parmi les tumeurs les plus agressives. Les chercheurs ont identifié « une signature lipidique unique reflétant une composition particulière en graisses dans les cellules. De plus, cette signature est associée à un sous-groupe de tumeurs caractérisé par l’activation de l’oncogène MYC (gène capable d’induire le développement tumoral), connu pour être lié à un très mauvais pronostic », ajoute l’Institut Curie.
En outre, dans ces mêmes échantillons, les acides gras – ces molécules de graisse produites ou absorbées par la cellule, et utilisées comme source d’énergie ou pour fabriquer des structures cellulaires – sont rapidement stockés dans des gouttelettes lipidiques. Ces réserves lipidiques, précise l’Institut Curie, protègent les cellules du stress oxydatif mais également d’un type de mort cellulaire appelé ferroptose, tout en alimentant les mitochondries (ces organistes cellulaires fournissent l’énergie aux cellules) en énergie, favorisant ainsi la croissance de la tumeur.
« De façon inattendue, nous avons démontré que MYC déclenche le stockage des lipides, créant une dépendance unique aux communications entre les gouttelettes lipidiques et les mitochondries pour le maintien de la tumeur in vivo. Ensemble, ces analyses exhaustives révèlent une vulnérabilité qui pourrait être ciblée en aval de MYC, constituant une approche thérapeutique prometteuse pour traiter les sous-types de médulloblastome actuellement incurables », écrivent les auteurs de l”étude publiée jeudi 15 janvier dans la revue Cancer Cell.
« Pour la première fois, une étude sur le cancer démontre que l’oncogène MYC stimule la formation de gouttelettes lipidiques, révélant ainsi une vulnérabilité jusque-là inconnue dans le groupe 3 de médulloblastomes, lesquels sont particulièrement agressifs », explique le Dr. Olivier Ayrault, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’unité Mécanismes d’oncogenèse des tumeurs de l’enfant (Institut Curie, Inserm) ayant initié et coordonné ces travaux.
Cibler les réserves de graisses des cellules tumorales des médulloblastomes pourrait alors constituer une piste thérapeutique prometteuse, en particulier chez les patients atteint d’une tumeur du groupe 3, associée à l’oncogène MYC. Les scientifiques ont montré dans des études précliniques que l’inhibition de l’enzyme DGAT1, essentiel à la formation des gouttelettes lipidiques, provoque une mort massive des cellules tumorales, les lipides toxiques s’accumulant mais ne pouvant plus être stockés. « Fait notable : lorsqu’on associe des inhibiteurs de DGAT1 avec une chimiothérapie conventionnelle dans les modèles précliniques de médulloblastomes, on observe une efficacité renforcée du traitement et une amplification de la destruction des cellules tumorales », souligne le Dr Flavia Bernardi post-doctorante dans l’équipe menée par le Dr Olivier Ayrault et première autrice de l’article.

Source : Institut Curie

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet