Immunothérapie utilisée dans la prise en charge du cancer du poumon métastatique et du mélanome avancé, le nivolumab (Opdivo®) serait également efficace pour traiter les tumeurs gynécologiques (col de l’utérus, vagin et vulve). Une avancée observée chez des patientes françaises en échec thérapeutique. Et révélée par des chercheurs de l’Institut Gustave Roussy (Paris), à l’occasion du 52e Congrès de l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) organisé à Chicago du 2 au 6 juin 2017.

Réveiller le système immunitaire pour l’inciter à combattre les cellules cancéreuses. Tel est le principe de l’immunothérapie. Une approche thérapeutique faisant ses preuves dans un nombre croissant de localisations tumorales (poumon, peau, foie, vessie, estomac, œsophage, rein…) depuis près de 7 ans dans le monde.

L’infection par le papillomavirus humain à l’étude

Ainsi, le nivolumab (Opdivo®), d’ores et déjà connu pour son efficacité contre le cancer du poumon métastatique et le mélanome avancé, aurait son mot à dire… contre les tumeurs gynécologiques. Ce médicament est répertorié parmi les anti-PD1, molécule majeure de l’immunothérapie capable de réveiller les anticorps endormis dans l’environnement des cellules cancéreuses.

Grâce à ce pouvoir, le nivolumab, développée par le laboratoire Bristol-Myers Squibb (BMS), serait précisément actif pour s’attaquer aux tumeurs du col de l’utérus, du vagin et de la vulve. Une découverte révélée par le Dr Antoine Hollebecque** (Institut Gustave Roussy) le 2 juin à l’occasion du 52e Congrès de l’ASCO, lors de la présentation de l’essai clinique CheckMate 358. Mené à l’échelle internationale, ce dernier consiste à tester l’efficacité du nivolumab contre cinq cancers distincts. Leur point commun ? Tous trouvent potentiellement leur origine dans une infection virale.

En France, l’équipe du Dr Hollebecque a suivi 24 patientes diagnostiquées pour un cancer gynécologique lié à l’infection par le papillomavirus humain (HPV). Parmi elles, 19 souffraient d’un cancer du col utérin et 5 d’un cancer vaginal ou vulvaire. Toutes ont reçu des injections de 240 mg toutes les deux semaines. Le dosage standard effectué dans les autres cancers contre lesquels le nivolumab a déjà fait ses preuves.

Un contrôle tumoral dans 7 cas sur 10

Résultats, après 31 semaines de traitement, un contrôle tumoral était repéré dans 70,8% des cas. Et chez 20,8% des patientes inclues dans la cohorte, une forte régression tumorale a pu être confirmée. Autres points positifs, le traitement « bien toléré a entraîné des effets indésirables gérables » pour les patientes. « La survie globale semble également avoir progressé », note le Dr Hollebecque. Il est trop tôt pour tirer des conclusions, faute de recul. Mais si « ces résultats se confirment, le nivolumab deviendrait la première immunothérapie approuvée dans cette indication ».

Un espoir et pas des moindres alors que la plupart des patientes atteintes d’un cancer gynécologique ne répondant pas aux traitements de premières intentions (chirurgie parfois associée à une chimiothérapie et une radiothérapie pour les formes avancées) se trouvent actuellement en échec thérapeutique. Il en va de même en cas de rechute ou lorsque le stade métastatique se déclare.

A noter : chaque année en France, le cancer du col de l’utérus touche 3 000 femmes et fait 1 100 victimes. Dans la très grande majorité des cas (90%), la tumeur trouve son origine dans une infection par HPV, « intervenue le plus souvent des dizaines d’années plus tôt, au début de la vie sexuelle ». Plus rares, les cancers du vagin et de la vulve sont eux aussi la conséquence de cette même infection.

* chef de service de l’hôpital de jour au sein du Département d’Innovation Thérapeutique et Essais Précoces (DITEP) à l’Institut Gustave Roussy
**Suivi médian

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