Comment les souvenirs s’ancrent-ils dans la mémoire ?

[12 mars 2018 - 12h17] [mis à jour le 12 mars 2018 à 14h00]

Une image ne vous sort pas de la tête. Elle date de 25 ans, 4 ans, 2 mois ou 3 jours mais elle reste imprimée, quoi qu’il arrive. Saviez-vous que ce processus de mémorisation ne serait pas possible sans le mouvement des yeux dans leur orbite ?

En plus de nous permettre de voir, les yeux sont indispensables à la mémorisation. Et plus précisément à l’incrustation d’une image dans le cerveau. Pour le prouver, des chercheurs canadiens de l’Université de Toronto ont sélectionné 18 jeunes adultes âgés de 20 à 28 ans.

Chacun a dû observer rapidement 14 vignettes en retenant le plus de détails possible. Une fois les images disparues de leur champ de vision, ces derniers ont fait l’effort de s’en rappeler précisément. Phase pendant laquelle l’activité cérébrale et le mouvement oculaire étaient observés, respectivement par IRM et à l’aide d’un dispositif appelé eye-tracking.

Le cerveau fait du puzzle

L’analyse des clichés cérébraux a prouvé « que le mouvement des globes oculaires aidait à raviver les images visualisées ». Comme si le déplacement des yeux de droite à gauche et de haut en bas réactivait la forme et les couleurs perçues. « L’activité cérébrale pendant l’observation d’une image et pendant que la personne se remémorait cette dernière était similaire. » Une précision telle que les chercheurs ont pu deviner à quelle image un volontaire pensait en appariant les deux clichés cérébraux : celui enregistré lors de l’observation et celui de la phase « je me remémore ».

Et tout s’explique. « Pour se rappeler de quelque chose, le cerveau assemble les pièces d’un puzzle entre elles afin de reconstruire la scène globale à partir d’éléments distincts. » Et « le mouvement des yeux agit comme l’encre d’un livre de mémoire que le cerveau utilise pour associer les différentes pièces du souvenir ».  

Ralentir la dégénérescence cognitive

Une scène, un visage ou un paysage par exemple resteront ainsi ancrés en vous pendant très longtemps, même si cette image n’est jamais réapparue et ne réapparaîtra jamais sous vos yeux. Ce qui ne veut pas dire que l’image réelle ne sera pas déformée au cours du temps. Souvent, un souvenir est une version condensée de la réalité dans laquelle les petits détails s’envolent au fur à et à mesure. Alors que d’autres souvenirs restent imprimés à un degré de précision parfois perturbant !

Cette découverte présente une piste pour repérer précocement les maladies neurodégénératives. Et agir avant l’aggravation de l’état de santé neurologique. Comment ? En sollicitant la mémoire des personnes à risque grâce à la stimulation de ce mouvement oculaire.

A noter : ce n’est pas un hasard si la technique de l’EMDR*, pratiquée pour diminuer l’impact d’un traumatisme visuel et/ou d’un stress post-traumatique par exemple, repose sur une désensibilisation basée sur le mouvement oculaire.

*Eye Movement desensitization and reprocessing

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