Pour soigner la dermatite atopique, une maladie inflammatoire de la peau très fréquente chez les nourrissons, des chercheurs de l’Inserm explorent la piste du virus de la rougeole. Ce dernier provoque en effet une réaction d’immunosuppression dans l’organisme, qui pourrait permettre de combattre l’inflammation provoquée par la dermatose.

La dermatite atopique touche 10% à 15% des nourrissons et se manifeste aussi, bien que plus rarement, chez les adultes (1% à 3%). Cette dermatose se caractérise par une production anormale de cytokines pro-inflammatoires dans la peau. Or l’immunosuppression, transitoire mais sévère, provoquée par le virus de la rougeole modifie justement la production de cytokines. Cette infection permettrait-elle pour autant de réduire les mécanismes inflammatoires associés à la dermatite atopique ? C’est ce qu’ont tenté de vérifier des chercheurs de l’Inserm*.

Les scientifiques ont d’abord montré que le virus de la rougeole est bien capable d’infecter les kératinocytes, les cellules de l’épiderme impliquées dans la dermatite atopique. Ils ont ensuite étudié l’effet de cette infection et constaté qu’elle entraînait […] une diminution de la production des cytokines pro-inflammatoires et, à l’inverse, une augmentation de l’expression de celles connues pour leurs propriétés anti-inflammatoires. En d’autres termes, « l’infection module (bien) la réponse inflammatoire des kératinocytes », clarifie Branka Horvat, principale auteure de ce travail.

Le vaccin antirougeoleux réduit les symptômes cutanés

Etape suivante, les chercheurs ont testé l’effet de la vaccination antirougeoleuse chez des adultes présentant une dermatite atopique. Résultat, « un effet bref, mais visible, sur les symptômes cutanés des volontaires ». Il est apparu deux semaines après la vaccination et a disparu après quatre semaines.

« Notre étude apporte une preuve de principe : l’immunosuppression déclenchée par le virus de la rougeole peut atténuer les symptômes de certaines maladies inflammatoires, en particulier ceux de la dermatite atopique », soulignent les auteurs. « Notre perspective est donc d’envisager le développement d’un nouveau traitement, que ce soit sous forme de crème ou par voie orale », conclut Branka Horvat.

*unité 1111 Inserm/ CNRS/Ecole normale supérieurs/université Claude Bernard Lyon 1, Centre international de recherche en infectiologie de Lyon, équipe Immunobiologie des infections virales, en collaboration avec les Hospices civils de Lyon, le service de Pharmacologie clinique du CHU de Lyon (CIC1407 Inserm), le service d’allergologie et d’immunologie clinique du CHU Lyon-Sud et le laboratoire Inflammation, tissus épithéliaux et cytokines (Université de Poitiers)

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