Diphtérie : le cas d’un enfant espagnol rappelle l’importance de la vaccination

[10 juin 2015 - 16h46] [mis à jour le 10 juin 2015 à 16h47]

Les vaccins sont loin d’être accessoires. Quoi qu’en disent les ligues anti-vaccinales. La preuve : un petit garçon espagnol que ses parents avaient refusé d’immuniser est entre la vie et la mort à cause de… la diphtérie ! Pourtant disparue du pays depuis 28 ans, cette maladie infectieuse rappelle l’importance d’une bonne couverture vaccinale, individuelle et collective.

Exempte de diphtérie depuis 1987, l’Espagne est aujourd’hui témoin d’un cas dramatique. Un petit garçon volontairement non vacciné par ses parents (dans ce pays aucune immunisation n’est obligatoire), est tombé malade et reste hospitalisé dans un état grave dans l’hôpital Vall d’Hebron en Catalogne.

Cette situation semble incroyable étant donné l’existence d’un vaccin efficace pour prévenir cette maladie. Mais, comme le rappelle le Pr Daniel Floret, président du comité technique des vaccinations en France, « il y a en permanence des cas de maladies qui ne surviendraient pas si les recommandations vaccinales étaient correctement appliquées : c’est le cas du tétanos, de la rougeole, des méningites à méningocoque C, d’hépatites B… »

La menace de la coqueluche en France

En matière de diphtérie, « il y a quelques cas importés chaque année dans notre pays », indique-t-il. Selon l’Institut Pasteur, « après plus de 10 ans sans aucune notification, huit cas d’infection à C. diphtheriae (cinq d’angine diphtérique et trois de diphtérie cutanée) ont été rapportés entre 2002 et 2012 ». Le dernier cas autochtone déclaré date, lui, de 1989. Mais « nous ne sommes pas à l’abri d’un cas isolé, y compris chez un enfant, car il est tout à fait possible d’échapper à l’obligation vaccinale », poursuit Daniel Floret.

Toutefois, « ce que nous redoutons actuellement avec les ruptures d’approvisionnement de vaccins et les polémiques, c’est la recrudescence de la coqueluche et la réapparition des méningites à haemophilus qui avaient quasiment disparu. »

La vaccination : encore polémique ?

Contrairement à l’Espagne, la vaccination contre la diphtérie (le tétanos et la poliomyélite) est obligatoire pour tous les enfants et les professionnels de santé en France. Pourtant, des parents continuent de refuser de s’y plier. Exposant ainsi leurs enfants à des maladies très graves, voire mortelles. Qu’en est-il du risque épidémique ? Celui-ci « apparaît lorsque la couverture vaccinale baisse de façon importante (probablement moins de 70%) », rassure le Pr Floret. Ce qui n’est pas le cas, ni en France, ni en Espagne.

Des stocks de sérum périmés ?

Le traitement quant à lui est souvent difficile à trouver. « La diphtérie se traite avec des antibiotiques (courants et disponibles) et du sérum antidiphtérique qui n’est quasiment plus produit », indique-t-il. « En cas d’épidémie nous serions en grande difficulté. » Pour le petit patient espagnol, le sérum a dû être acheminé par valise diplomatique depuis la Russie, indiquent nos confrères d’El Pais. Selon lesquels les stocks français et suédois étaient périmés…

Pourquoi la Russie a-t-elle du stock ? « Après l’effondrement du système soviétique, qui a entraîné un arrêt des vaccinations, les Russes ont fait face à une grande épidémie de diphtérie qui a fait des centaines de morts », raconte Daniel Floret. « Ils ont alors eu la possibilité de produire du sérum à partir de sang de convalescents. »

Un rappel dramatique à la maladie

La diphtérie se présente de manière habituelle comme une angine à fausses membranes, assez particulière. Cette infection est due à une Corynébactérie, aptes à produire la toxine diphtérique, principale responsable des manifestations cliniques. La principale manifestation de la diphtérie est une infection des voies respiratoires supérieures qui peut conduire à la paralysie du système nerveux central ou bien du diaphragme et de la gorge entraînant la mort par asphyxie. Pour en faire la preuve, il faut faire un prélèvement, alors qu’en France, les médecins ont plutôt l’habitude de donner des antibiotiques sans analyse. « Je ne suis pas sûr que le 1er cas serait diagnostiqué, sauf s’il est d’emblée très grave (si un cas similaire au malade espagnol survenait en France n.d.l.r.) », prévient Daniel Floret.

Suite au cas espagnol, les citoyens de ce pays de la péninsule ibérique se sont rués pour se faire vacciner. Une augmentation de 23% des immunisations en une semaine ! « On peut dire que ce genre d’événement rappelle à la population que ces maladies oubliées peuvent réapparaître et que les anti-vaccinaux disent des contre-vérités grossières », souligne le Pr Floret. « Des chercheurs ont d’ailleurs modélisé ce phénomène, susceptible de ramener la confiance dans les vaccins. » Mais faut-il vraiment en passer par là pour protéger la population de maladies que l’on sait prévenir ?

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