L’obésité, c’est dans la tête ?

16 janvier 2026

L’obésité est une maladie multifactorielle, où le cerveau joue un rôle clé. Or, le système nerveux central répond à des mécanismes ancestraux de survie liés aux périodes de pénurie alimentaire. Mais alors que la plupart des individus vivent aujourd’hui dans une société « obésogène », comment lutter ? En adoptant des comportements favorables à la santé et en innovant, notamment avec des molécules ciblant les neurones du cerveau impliqués dans la régulation du poids.

Près de la moitié des adultes français (47,3 %) sont en excès de poids, avec une nuance de taille : si la proportion de personnes en surpoids stagne à 30 % depuis 30 ans, la progression de l’obésité, elle, ne montre aucun signe de ralentissement. A qui la faute ? Aux cellules graisseuses, au microbiote intestinal, à l’environnement « obésogènes » dont l’alimentation, au cerveau… ? A tout cela et bien plus encore, tout étant intriqué de manière complexe avec le système nerveux central au premier plan, dont on cherche à percer les mystères.

Obésité et inflammation du cerveau : privilégier les omégas 3

L’obésité est souvent associée à une inflammation globale (systémique) et cérébrale ainsi qu’à des troubles de l’anxiété ou cognitifs. Plusieurs équipes de recherche essaient de comprendre la manière dont l’alimentation peut conduire à l’obésité, ainsi que les maladies associées (troubles métaboliques, cardiovasculaires, etc.). La chercheuse Inserm Carole Rovere de l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire de l’Université Côte d’Azur mène des travaux de recherche chez la souris. Son équipe a montré qu’en cas de régime hyperlipidique, la qualité des graisses joue sur le développement d’une obésité. Ainsi, un rapport en lipides oméga 6/oméga 3 élevé (donc plus d’oméga 6 par rapport à la quantité d’oméga 3) induit une inflammation généralisée et cérébrale tandis qu’un rapport oméga 6/oméga 3 faible protège les animaux vis-à-vis de la prise de poids. Ce dernier effet serait lié à une modulation de l’activité des centres cérébraux impliqués dans la régulation de l’appétit. D’ailleurs les mêmes centres ciblés par les nouveaux médicaments de l’obésité (analogues du GLP-1) !

Les obésités génétiques ont beaucoup à nous apprendre

Les obésités rares, liées à des modifications génétiques, sont autant de pistes sur le lien « obésité-cerveau ». Dans certaines formes rares d’obésité, des mutations de gènes affectant l’activité de la leptine, une hormone essentielle à la régulation de l’appétit, provoquent des troubles du comportement alimentaire. Dans ce cadre, le tissu adipeux, lorsqu’il dysfonctionne, sécrète des adipokines (molécules régulatrices du métabolisme des lipides et du glucose) qui, via la circulation sanguine, transmettent des signaux à d’autres organes, notamment le cerveau. Chez les personnes souffrant d’obésité, ce dialogue altéré organes/cerveau peut conduire à une augmentation du poids difficilement maîtrisable.

Mais la recherche avance et ces dernières années ont vu l’arrivée de traitements ciblés pour les obésités monogéniques (liées à une unique mutation). Avec « de belles histoires, comme celle du setmélanotide (disponible depuis 2021), relate la Pre Karine Clément (Pitié-Salpêtrière, Paris), qui repose sur la voie hormonale leptine-mélanocortine, laquelle joue un rôle clé dans la régulation du poids ».

Le setmélanotide court-circuite les voies déficientes pour restaurer le signal de satiété au niveau cérébral. Un signal principalement intégré par la structure clé qu’est l’hypothalamus.

La faute aussi à un environnement de plus en plus « obésogène »

Autre point : notre cerveau ancestral, adapté pour survivre à la pénurie en captant l’énergie sous forme de graisse dans les cellules graisseuses (adipocytes) et en la relarguant en cas de besoin, s’emballe dans une société où tout facilite la prise alimentaire (aliments hypercaloriques, sédentarité, stress chronique, troubles du sommeil et régimes alimentaires ultratransformés). D’où un déséquilibre difficile à corriger pour maintenir son poids dans les normes, a fortiori chez les personnes ayant des prédispositions génétiques. Comment est-ce que cela fonctionne ? Pour cela, il faut regarder du côté de cette petite structure du cerveau que l’on appelle hypothalamus. C’est le centre intégrateur des signaux hormonaux liée à la prise de poids – la leptine, l’insuline, etc. – mais également les signaux métaboliques et sensoriels. C’est là que tout se joue, explique la chercheuse Rosalia Rodriguez Rodriguez Catedrática (Universitat Internacional de Catalunya, Barcelone) dans un article récent de The Conversation : dans l’équilibre entre énergie ingérée et énergie dépensée. Or, la perte de poids étant considérée par le cerveau comme une menace, se déclenchent alors des mécanismes de défense bien connus comme une augmentation de l’appétit pour ingurgiter plus d’énergie (et donc des calories) mais également réduire la dépense énergétique. A cause d’une « mémoire métabolique », l’organisme aura tendance à reprendre le poids perdu. Ceci explique pourquoi il est si difficile, même à grand renfort de restriction calorique ou d’exercice physique, de contrer l’obésité lorsque les circuits du cerveau sont altérés.

Et comme le souligne la chercheuse Rosalia Rodriguez, nous ne sommes pas tous égaux avec nos hypothalamus : lorsque celui-ci s’enflamme, par exemple à l’occasion d’un régime hypocalorique, les neurones du cerveau qui régulent la faim et la satiété sont « déboussolés ». Mais alors que certains arrivent à redresser le tir et retrouver un poids initial, d’autres se retrouvent avec un « frein hypothalamique » moins efficace : ces personnes prennent alors plus facilement du poids.

Ces constats laissent penser que l’origine de l’obésité serait d’abord cérébrale. Ça n’est donc pas une question principale de volonté, du moins pour tout le monde.

Les nouveaux « anti-obésité » agissent aussi sur le cerveau

Actuellement, les recherches actuelles sont nombreuses pour mettre au point des molécules capables d’interagir spécifiquement au niveau du cerveau et non pas sur l’ensemble de l’organisme (comme les a-GLP-1, qui agissent à la fois sur le cerveau mais également l’organisme dans son ensemble) pour éviter les effets généraux et/ou indésirables. Ainsi, des nanoparticules de protéines ou d’autres composés (micelles polymères….) sont à l’étude pour pouvoir transporter des médicaments innovants dans une zone précise du cerveau, c’est-à-dire au sein des cellules qui contrôlent l’appétit et l’équilibre énergétique.

  • Source : Journée Benjamin Delessert février 2025 dont l’intervention Carole Rovere, chargée de recherche Inserm au sein de l’Institut de Pharmacologie Moléculaire et Cellulaire de l’Université Côte d’Azur ; Enquête ObÉpi 2020 ( 20 février 2023) ; Intervention de la Pre Karine Pr Clément (congrès SFD 2024) ; Intervention du Pr Sébastien Guillaume (JABD 2025) ; article The Conversation « Pourquoi l’obésité est, avant tout, une maladie du cerveau » par Rosalia Rodriguez Rodriguez Catedrática. Departamento de Ciencias Biomédicas, Universitat Internacional de Catalunya (janvier 2026).

  • Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Emmanuel Ducreuzet

Destination Santé
Résumé de la politique de confidentialité

Ce site utilise des cookies afin que nous puissions vous offrir la meilleure expérience utilisateur possible. Les informations sur les cookies sont stockées dans votre navigateur et remplissent des fonctions telles que vous reconnaître lorsque vous revenez sur notre site Web et aider notre équipe à comprendre quelles sections du site Web vous trouvez les plus intéressantes et utiles.

Plus d'informations sur notre politique de cookies sur nos CGU.

Aller à la barre d’outils