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Le rapport de l’Anses de 2016 consacré aux moisissures dans le bâti montrait l’existence d’un niveau de preuves suffisant concernant l’impact de l’exposition fongique (moisissures) sur l’apparition et l’évolution de l’asthme chez l’enfant. Chez l’adulte, cela restait encore à établir. Pour explorer ce sujet, les chercheurs Laurent Orsi et Rachel Nadif de l’Équipe d’épidémiologie respiratoire intégrative du Centre de recherche en Épidémiologie et Santé des Populations (Inserm 1018, Villejuif), se sont servis de la plus grande cohorte française en épidémiologie : CONSTANCES, où les volontaires bénéficient d’un suivi complet (questionnaire sur la santé respiratoire et prise de sang) tous les 4 ans.
Deux groupes de près de 1 000 individus chacun ont été comparés entre eux : des personnes atteintes d’asthme et un échantillon aléatoire de sujets non asthmatiques, sélectionnés parmi les 11 825 participants inclus entre 2012 et 2019, ayant répondu au questionnaire sur le logement et la contamination fongique, avec un suivi complet entre 2019 et 2021. La surface de moisissures allait d’aucune contamination à plus de 1m2.
La présence de moisissures visibles était rapportée par 32 % des participants. Un dégât des eaux, un logement difficile ou trop coûteux à chauffer, l’absence de système de ventilation, la présence de taches d’humidité étaient associé à des moisissures, tout comme le fait de ne pas aérer tous les jours ou de faire le ménage une seule fois par semaine.
Lorsque les auteurs ont comparé l’étendue des moisissures dans l’habitat selon le statut asthmatique, ils ont conclu que la présence de moisissures visibles était associée non seulement à une augmentation de la probabilité de présenter un asthme, mais aussi à un score symptomatique plus élevé, y compris pour une surface de moisissure très limitée. Aérer son logement deux fois par jour tout au long de l’année et disposer d’un système de ventilation performant réduisait les risques.
En résumé, des moisissures, même sur la plus petite surface de l’étude peut contribuer au développement d’un asthme et, pour ceux qui sont déjà asthmatiques, à aggraver leur score de symptômes d’asthme.
Pour en préciser les mécanismes, les chercheurs ont exploré, dans le cadre du projet complémentaire MOLDASTH, les voies biologiques de l’inflammation chez près de 2 000 participants, à partir d’échantillons issus de la biobanque CONSTANCE. Leur analyse montre l’activation d’une voie inflammatoire spécifique : la voie T2, mise en évidence par l’identification de médiateurs spécifiques (TARC, RANTES, éotaxine-3 et TSLP).
À ce stade des travaux, ces résultats présentent un intérêt clinique : chez un patient présentant une forme d’asthme avec éosinophiles (un type de globules blancs identifiés grâce à des dosages sanguins), dont on sait qu’ils déclenchent une réponse immunitaire de type T-helper 2 (Th2 ou T2) au niveau des voies aériennes, le praticien peut envisager l’hypothèse d’une exposition aux moisissures. Il peut alors demander à son patient de les rechercher dans l’habitat, puis de les éliminer, pour espérer réduire les symptômes.

Source : Suivi de la session au CPLF 2026 (Lille) et abstract CO07 : Orsi L., Nadif R. et al. Exposition aux moisissures au domicile, cytokines des voies T2/non-T2/Th17 et asthme dans la cohorte en population-générale CONSTANCES ; Moisissures dans le bâti. Anses. Rapport octobre 2016.

Ecrit par : Hélène Joubert ; Édité par Emmanuel Ducreuzet