Connaître, quasiment en temps réel, l’évolution géographique des résistances aux traitements contre le paludisme. C’était l’objectif du consortium KARMA, coordonné par l’Institut Pasteur. Après deux ans de travail, ses membres ont réussi à tracer la première cartographie de la résistance à l’artémisinine. Résultat, les souches concernées semblent encore localisées en Asie du Sud-Est. Les chercheurs espèrent pouvoir empêcher sa migration en Afrique subsaharienne. Et ainsi, éviter des milliers de morts.

Des souches de Plasmodium falciparum résistantes aux dérivés de l’artémisinine, dernière génération de médicaments antipaludéens, ont émergé en 2008 au Cambodge. En 2014, des scientifiques des Instituts Pasteur du Cambodge et de Paris ont confirmé le gène K13 comme déterminant majeur de la résistance.

Associés en consortium, ils ont étudié la diversité de ce gène sur 14 037 échantillons sanguins de patients infectés, provenant de 59 pays endémiques (72% d’Afrique, 19% d’Asie, 8% d’Amérique latine et 1% d’Océanie). Résultat, 70 nouvelles mutations ont été identifiées, s’ajoutant aux 103 déjà connues. Parmi elles, seules 4 sont associées à la résistance. « Il existe des soupçons pour 4 autres », ajoute Odile Mercereau-Puijalon, du département des Parasites et insectes vecteurs de l’Institut Pasteur de Paris.

« Jusqu’à présent, les scientifiques ne disposaient pas des outils permettant de connaître précisément la nature de la résistance aux médicaments antipaludéens dans les principales régions affectées, comme l’Afrique subsaharienne », précise Didier Ménard, responsable de l’unité d’Épidémiologie moléculaire du paludisme à l’Institut Pasteur du Cambodge. Grâce à ce travail, « la surveillance au niveau mondial devrait être facilitée », explique Odile Mercereau-Puijalon.

Protéger l’Afrique grâce aux marqueurs moléculaires

Déjà, les résultats de ces analyses ont permis de dessiner la première cartographie mondiale de la résistance à l’artémisinine. Cette dernière confirme que « la résistance […] est pour le moment confinée en Asie du Sud-Est et n’a pas atteint l’Afrique subsaharienne ». Un sursis pour le continent qui a déjà fait l’expérience d’une épidémie de paludisme résistant aux traitements. En effet, après leur apparition en Asie du Sud-Est dans les années 1960, des « parasites résistants à la chloroquine, première génération » de traitement, se sont propagés en Afrique, entraînant des millions de morts

« Grâce aux marqueurs moléculaires (permettant de repérer les mutations du parasite ndlr), nous avons désormais la possibilité de tracer la résistance aux antipaludiques à l’échelle mondiale et quasiment en temps réel », ajoute Didier Ménard. « Nous devons impérativement utiliser cette technologie pour prendre le parasite de vitesse et empêcher ce scénario tragique de se reproduire en Afrique. » Selon les dernières estimations de l’OMS, 214 millions de cas de paludisme, dont 438 000 mortels, ont été constatés en 2015, principalement en Afrique subsaharienne.

Comment résister à la résistance ?

Une fois l’apparition de résistances observée, les médecins ont d’autres traitements à leur disposition, même s’ils sont moins efficaces. De plus, « des campagnes de lutte contre les moustiques qui véhiculent le parasite peuvent être renforcées avec distribution massive de matériel de protection imprégné d’insecticides (moustiquaires ou hamacs) et dispersion intradomiciliaire d’insecticides », conclut Odile Mercereau-Puijalon.

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