Résistance aux antibiotiques, un fléau persistant

[07 mai 2015 - 09h50] [mis à jour le 07 mai 2015 à 09h53]

Pour la première fois, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publie une analyse de la lutte contre la résistance aux antibiotiques. « Malgré de nombreux points encourageants, des lacunes perdurent pour éviter l’usage à mauvais escient de ces molécules et réduire la propagation de ce fléau ».

A travers le monde, « de nombreuses bactéries ou parasites deviennent résistants aux antibiotiques, (…) un problème préoccupant et particulièrement urgent », a déclaré le Dr Keiji Fukuda, sous-directeur général pour la sécurité sanitaire à l’OMS. Malgré leur inefficacité prouvée dans la prise en charge des maladies virales, ces molécules restent en effet largement prescrites pour ces indications. A terme, ce mésusage affaiblit les défenses immunitaires et expose les populations à de nouvelles contaminations (infections sanguines, pneumonie, tuberculose, paludisme, VIH/SIDA).

Pour rendre compte de la lutte menée contre ce phénomène, l’OMS a consulté 133 pays au cours des années 2013 et 2014. Un quart d’entre eux a répondu. Résultat, malgré un éveil des consciences, la coordination reste insuffisante. Précisément, les plans nationaux de lutte contre la résistance aux antibiotiques sont encore trop rares.

Des progrès… insuffisants

Autre point, la résistance aux antibiotiques prend de l’ampleur car dans de nombreux pays il est possible de se procurer ces médicaments sans ordonnance. L’OMS relève également un réel manque d’information auprès du public et de prévention dans le domaine hospitalier.

  • En Europe. Tous les pays de l’Union Européenne font certes l’objet d’une surveillance par l’European Antibmicrobial Resistance Surveillance Network (EARS-Net). Mais parmi les 49 des 53 Etats Membres ayant répondu à l’enquête, seuls 40% indiquent mettre en oeuvre des stratégies de lutte complètes et abouties. Et la moitié de la population européenne croit toujours – à tort – que les antibiotiques sont efficaces contre les virus ;
  • En Afrique. Seuls 8 des 47 Etats membres ont retourné le questionnaire. Malgré la grande partialité des informations, les autorités de santé le confirment : le phénomène de résistance aux antibiotiques est une problématique de plus en plus prégnante sur ce continent, en particulier dans les traitements antipaludiques et antituberculeux.
  • En Amérique. Au total, 26 des 35 Etats membres sollicités ont répondu. A ce jour, « seuls 3 pays ont mis en place un plan national pour combattre la résistance, 10 ont créé des guides thérapeutiques. Les antibiotiques et les autres médicaments antimicrobiens sont en vente libre dans 18 pays », ce qui ne fait qu’accentuer les trafics et la forte disponibilité des antibiotiques sur le marché.

Enfin, seuls 5 des 11 pays répondants d’Asie du Sud-Est ont mis en place des plans d’actions nationales. Une proportion qui passe à 17% pour les pays du Pacifique Occident. En Méditerranée orientale aucune stratégie concrète n’a été déployée et les ventes sans ordonnance sont repérées dans 9 de ces pays.

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