Salmonelles dans les laits infantiles : Lactalis savait depuis août ?

03 janvier 2018

Le Groupe Lactalis avait connaissance de la présence de salmonelles dans son usine de Craon (Mayenne) dès le mois d’août 2017. C’est ce qu’affirment nos confrères du Canard Enchaîné dans l’édition de ce mercredi. Une information dissimulée jusqu’en décembre, date à laquelle l’industriel a annoncé le retrait/rappel des premiers lots de laits infantiles. Lactalis dément et affirme que les autorités étaient informées des résultats d’analyses, réalisées en août, ayant révélé des traces de salmonelles.

« Nous tenons à présenter nos plus sincères excuses aux familles concernées. Nous mesurons l’ampleur de la situation et comprenons l’inquiétude et les perturbations importantes qu’elle génère ». Les excuses du Groupe Lactalis, transmises le 21 décembre par le biais d’un communiqué, sonnent faux après les révélations de ce mercredi 3 janvier du Canard Enchaîné. Le journal satirique affirme que « Lactalis Nutrition Santé avait repéré des salmonelles sur du matériel de nettoyage et sur les carrelages » dès le mois d’« août ».

« Les autorités étaient au courant de ces analyses qui ont révélé des traces de salmonelles dans l’environnement », assure une porte-parole. Ce qui a « donné lieu à l’application d’un programme de nettoyage adapté et à des contrôles renforcés sur les lots fabriqués à ces dates, contrôles qui se sont tous révélés négatifs ». Ensuite, un audit a été mené en septembre par les services de l’Etat.

Des analyses qui intriguent

Ainsi, toujours d’après les journalistes du Canard Enchaîné, la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) avait mené des analyses en septembre, sans qu’aucune trace de bactéries néfastes ne soit détectée. Pourtant, en décembre, une contamination aux salmonelles a bien mené au rappel de la totalité des lots fabriqués à Craon. Et le 21 décembre, Lactalis indiquait savoir « désormais qu’une contamination dispersée [s’était] installée dans [leur] usine de Craon suite à des travaux réalisés courant 1er Semestre 2017 ».

Mais si Lactalis n’a découvert une contamination datant du 1er semestre 2017 qu’en décembre, comment se fait-il qu’en août, il n’ait trouvé que des traces ? Et qu’en septembre, rien n’ait été détecté ? Un expert en sécurité sanitaire des aliments s’interroge d’ailleurs dans les colonnes de l’hebdomadaire. « Comment les contrôleurs se sont-ils pris pour ne détecter en septembre aucune salmonelle, alors que l’on sait aujourd’hui, après enquête, que l’usine était infectée depuis février au moins ? »

« Nous attendons les résultats des analyses réalisées en cours dans [l’] usine de Craon. », indique la porte-parole de l’industriel. « Mais les lots qui nous ont permis de faire le lien avec les bébés malades (en décembre ndlr) ont été fabriqués bien avant. »

Plainte de père

Une plainte a été déposée par un père de famille contre Lactalis le 26 décembre, ouvrant ainsi une enquête préliminaire du parquet de Paris pour « mise en danger d’autrui », « tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine » et « inexécution d’une procédure de retrait ou de rappel d’un produit ».

L’industriel avait débuté le retrait/rappel de ses produits fabriqués à Craon le 3 décembre 2017. Cette décision a été élargie le 10 puis le 21 décembre.

  • Source : Le Canard enchaîné, 3 janvier 2018 - Lactalis, 3 janvier 2018

  • Ecrit par : Dominique Salomon - Edité par : Emmanuel Ducreuzet

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