Si elle survient à l’âge de 50 ans, l’hypertension artérielle augmenterait le risque de démence. Même chez les patients ne souffrant d’aucune autre pathologie cardiovasculaire. 

De 1985 à 2017, des chercheurs de l’Inserm* en collaboration avec une équipe britannique** ont suivi 10 000 volontaires âgés de 35 à 55 ans. L’enjeu, « étudier le lien entre âge, hypertension et démence ».

La mesure des pressions sanguines ont été réalisées en 1985, 1991, 1997, 2003. Le suivi s’est déroulé jusqu’en 2017 pour « détecter la possible survenue d’une démence ». 

Deux pressions artérielles ont été relevées : « la pression artérielle systolique – mesurée lors de la phase de contraction du coeur permettant d’éjecter le sang dans les artères (systole) – et la pression artérielle diastolique – mesurée lors de la phase de relâchement du coeur qui lui permet de se remplir de sang (diastole). »

45% de risque de démence en plus…

Résultats, au total, 5% des volontaires ont développé une démence à un âge moyen de diagnostic établi à 75 ans. «  Les quinquagénaires qui avaient une pression systolique égale ou supérieure à 130mmHg***  (…) avaient 45% de risque supplémentaire de développer une démence par rapport à ceux ayant une pression systolique plus basse au même âge ». En revanche aucune corrélation n’a été repérée entre la pression diastolique et la survenue d’une démence.

« Aucune majoration de ce risque n’a été observée chez les personnes ayant une hypertension artérielle à 60 ou 70 ans. » Autre point, « le sur-risque associé à une pression artérielle supérieure à 130mmHg est constaté également chez les personnes n’ayant développé aucun problème cardio-vasculaire durant la période de suivi ».

Selon Archana Singh-Manoux, directrice de recherche Inserm responsable du projet de recherche et professeur honoraire à l’UCL, cette fragilité chez les personnes de 50 ans s’expliquerait par le fait que « l’impact de la pression artérielle sur la santé du cerveau soit dépendante du temps d’exposition ». Précisément, « une pression artérielle élevée pourrait être responsable de petits AVC qui, bien que souvent indétectables, sont dommageables pour le cerveau et peuvent entraîner à terme un déclin dans son fonctionnement ». 

Des résultats à prendre avec des pincettes ?

« Ces résultats sont issus d’une étude observationnelle d’un échantillon de la population et ne peuvent être directement utilisés comme des outils prédictifs pour chaque individu », souligne Archana Singh-Manoux. Autre point complexe, « la définition de la valeur seuil optimale permettant de diagnostiquer l’hypertension est actuellement au coeur du débat ».

*Unité 1018 Epidémiologie du vieillissement et des maladies liées à l’âge

**Department of Epidemiology and Public Health, University College London

*** « Selon la Société Européenne de cardiologie, la valeur seuil pour diagnostiquer une hypertension est de 140mmHg. »

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