[vidéo] L’anorexie mentale, une rébellion par l’alimentation ?

[30 novembre 2018 - 12h08] [mis à jour le 30 novembre 2018 à 12h10]

Céline a longtemps souffert d’anorexie mentale. Ce trouble du comportement alimentaire qui se manifeste le plus souvent à l’adolescence a failli l’emporter. Grâce à l’amour de sa mère, elle s’en est sortie, mais affirme toutefois ne jamais pouvoir totalement en guérir. Elle témoigne aujourd’hui de cette maladie, de cette addiction, pour aider les autres patients. Le Dr Sylvain Lambert, responsable de l’unité d’hospitalisation à temps complet Lou-Andréa Salomé du CHU Nantes, fournit de son côté une définition du point de vue de soignant.

L’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire défini par les critères actuels du DSM (Manuel diagnostique et statique des troubles mentaux). Cette maladie se caractérise par une privation alimentaire stricte et volontaire, par un refus de maintenir le poids corporel au-dessus de la normale minimale d’indice de masse corporelle (IMC) et une peur intense de prendre du poids malgré une insuffisance pondérale. En outre, une obsession concernant tout ce qui a trait à l’alimentation en général s’associe à une influence exagérée du poids et de la silhouette sur l’estime de soi. D’ailleurs, « l’addiction est là lorsque 75 à 80% de la tête est prise par de l’alimentaire, quand ça vient grignoter la tête, envahir le psychisme », précise le Dr Sylvain Lambert..

C’est ce qu’a vécu Céline, 34 ans aujourd’hui. En 2002, à l’âge de 17 ans, elle est hospitalisée pour la première fois à Rouen, puis une deuxième et une troisième, à Nantes cette fois. A 26 ans elle ne pèse plus que 33 kilos pour 1m63… Pourtant, comme la plupart des patientes (les cas masculins sont rares, ndlr) souffrant d’anorexie, elle ne se considère pas comme malade. « Le déni peut être très fort car imaginer que la solution que le patient a trouvée peut mener à la mort est impensable », explique le Dr Sylvain Lambert.

« Un pansement pour la psyché »

D’où la difficulté de diagnostiquer puis de traiter les malades. « Très fragiles sur plan de la confiance en soi, elles trouvent dans l’anorexie un moyen de se différencier », détaille le Dr Lambert. Par l’addiction, inconsciemment, « les patientes signifient ‘je veux être un individu’. C’est une forme de rébellion, de pansement pour la psyché ». Or le traitement par le biais de l’hospitalisation notamment provoque la sensation « qu’on leur enlève leur pansement et ils se retrouvent à nu. Il faut alors trouver d’autres types de solutions ».

Heureusement, la prise en charge précoce et pluridisciplinaire, en association avec la famille produit de bons résultats. Globalement au niveau national, le taux de guérison est de 65%. Céline, elle, s’en est sortie. Grâce notamment à l’amour et au soutien de sa mère, elle est aujourd’hui en couple, elle est maman d’une petite fille et se passionne pour son métier de kiné. Elle veut témoigner pour aider les autres, celles qui sont encore malades, à s’en sortir. Même si elle ne se considère pas comme guérie. « On en guérit jamais je crois mais on se sert de ça pour avancer », note-t-elle. « De la bouffe il y en a partout. C’est toujours une fascination. Les repas sont toujours une anticipation. Toujours un contrôle du poids, du corps. Mais aujourd’hui, si j’ai envie de manger un cookie, je le fais ! »

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