© Shidlovski/Shutterstock.com
Même si cela n’arrive qu’une seule fois, la présence de sang dans les urines, l’hématurie, ne doit jamais être prise à la légère. Dans 80 à 90 % des cas, il s’agit du tout premier signe visible de cancer de la vessie. Il est essentiel de ne pas attendre pour consulter. « Le cancer de la vessie reste aujourd’hui largement méconnu du grand public, alors même qu’il existe un signe d’alerte visible dans la majorité des cas. Tout l’enjeu est de faire comprendre que ce symptôme ne doit jamais être ignoré. Voir du sang dans ses urines, même une seule fois, doit conduire à consulter rapidement. C’est un réflexe simple, mais déterminant, car un diagnostic précoce change radicalement le pronostic », explique le Pr. Yann Neuzillet, chirurgien urologue, lors d’une conférence de presse organisée par l’association française d’urologie, lundi 27 avril.
Répéter ce message n’est pas un luxe. Selon un sondage, dont l’AFU s’est fait écho, 64 % des adultes ignorent que l’hématurie est un symptôme du cancer de la vessie. Ce n’est toutefois pas l’unique signe qui doit alerter. Les troubles urinaires et les infections urinaires à répétition doivent également pousser à consulter.
Le cancer de la vessie est le 5e cancer le plus fréquent en France avec plus de 20 000 personnes touchées chaque année. Tous les ans, il est responsable de près de 5 000 décès. « C’est un cancer très fréquent dont on parle beaucoup moins que d’autres cancers, note le Dr. Benjamin Pradère, urologue, membre du comité de cancérologie de l’AFU. Quand il est pris à temps, lorsqu’il ne touche pas le muscle, 80 % des patients vont survivre à 5 ans, ce qui veut dire qu’il a un très bon pronostic lorsqu’il est traité précocement. Alors que s’il est pris trop tard, le taux de survie n’est que de 50 % lorsqu’il est encore localisé mais plus profond et plus agressif. Et seulement 5 % de patients survivent à 5 an lorsque le cancer est métastatique. »
Outre le pronostic, la prise en charge est aussi beaucoup plus lourde lorsque le cancer a atteint le muscle. « Le traitement de référence est le retrait de la vessie ce qui signifie que la plupart des patients ont une stomie, une poche extérieure qui recueille les urines – ce qui entraîne une action délabrante de l’image corporelle », explique le Dr. Pradère.
Actuellement 25 % des patients sont diagnostiqués avec des tumeurs infiltrant le muscle.
Les hommes ont 83 % de chances d’obtenir un diagnostic précoce, dans les 3 mois, dès la première consultation. Chez les femmes, le chiffre chute à 70 %. En cause ? Il y a deux fois plus de confusion chez les femmes avec l’infection urinaire. Les cystites à répétition constituent un signe de cancer de la vessie. Les femmes doivent consulter et les professionnels de santé y penser. « On se retrouve avec des patientes qui ont un retard au diagnostic par ce qu’elles présentent des symptômes, et notamment l’hématurie, considérés à tort comme des infections urinaires », confirme le Pr. Neuzillet.
Après le diagnostic, les inégalités perdurent. « 55 % des hommes ont une chance d’être en vie 5 ans après le diagnostic, contre 49 % chez les femmes du fait d’un diagnostic plus tardif d’où l’importance d’informer le grand public », complète le spécialiste.
« Si le lien entre tabac et cancer du poumon est aujourd’hui bien ancré dans les esprits, celui avec le cancer de la vessie reste largement sous-estimé. Pourtant, il s’agit du principal facteur de risque », insiste l’AFU. Ce déficit de connaissance constitue un frein majeur à la prévention.
Ainsi, un fumeur présente 5,5 fois plus de risque de développer un cancer de la vessie. Un risque qui augmente en même temps que le nombre d’années et de paquets fumés. Le tabac est ainsi responsable de 53 % des cas de cancer de la vessie chez les hommes et 39 % chez les femmes. Concrètement, lorsque les substances toxiques du tabac sont éliminées par les reins, elles passent par la vessie où les urines sont parfois stagnantes avant d’être éliminées. C’est à ce moment là qu’elles endommagent les cellules.
L’exposition professionnelles à certaines substances toxiques constituent également des facteurs de risque de cancer de la vessie (industrie chimique, teintures, caoutchouc, pétrole, métallurgie, coiffure) de même que des antécédents familiaux.
Antécédents familiaux, tabagisme prolongé, exposition professionnelle sont autant de facteurs de risque qui justifient une surveillance et un éventuel dépistage. Il n’existe pas de dépistage systématique du cancer de la vessie, le diagnostic repose ainsi sur l’identification des symptômes d’alerte. Le sang dans les urines, comme déjà mentionné, mais aussi des infections urinaires à répétition et des troubles de la miction.
Autres facteurs de prévention du cancer de la vessie ? Boire ! « Rincer sa vessie, c’est comme prendre sa douche, cela permet de nettoyer son corps des polluants et c’est le moyen de faire de la prévention très simple. En France, on a la chance d’avoir une eau de qualité. Bien boire est un facteur de prévention », ajoute le Pr. Neuzillet.
Si vous travaillez dans un secteur professionnel à risque, la protection est essentielle (équipements, ventilation…).
Enfin, l’arrêt du tabac réduit les risques même après des années de consommation.

Source : Conférence de presse de l’AFU lundi 27 avril

Ecrit par : Dorothée Duchemin – Edité par Emmanuel Ducreuzet