Diabète : un décès toutes les 6 secondes

[03 juillet 2017 - 17h33] [mis à jour le 03 juillet 2017 à 18h14]

Le continent africain est souvent associé à la propagation de maladies infectieuses, comme le virus Ebola ou celui du Sida. En revanche, la prise en charge des maladies non transmissibles (MNT) reste peu évoquée. C’est le cas du diabète, trouble chronique dont la gravité est encore mal reconnue en Afrique.Un collectif français (nutritionniste, neurologue, chercheur…) dénonce la situation dans une tribune publiée dans le Monde.

La prise en charge du diabète constitue un réel enjeu de santé publique à l’échelle planétaire. En particulier dans les pays à faible et moyen revenu. Là où se concentre 77% des 415 millions de patients atteints dans le monde. Continent le plus exposé, l’Afrique, terre au cœur de laquelle la Fédération internationale du Diabète évalue à 42 millions le nombre de malades qui seront diagnostiqués en 2040*. Cette augmentation des cas est liée à l’impact de la mondialisation (essor de l’urbanisation, alimentation plus riche en sucres et en graisses). Autre facteur, l’augmentation de l’espérance de vie qui accroît le risque de développer un trouble chronique au fil des années.

« 5 millions de décès par an »

A l’heure où le diabète est « à l’origine de 5 millions de décès par an dans le monde, soit 1 victime toutes les 6 secondes », une meilleure prise en compte de ce grave trouble métabolique relève de l’urgence dans les pays pauvres. Ainsi, des médecins, philosophes et chercheurs ont pris la plume dans une tribune du Monde (27 juin) pour y défendre 4 leviers :

  • « Reconnaître le diabète comme un fléau mondial et le double fardeau nutritionnel (dénutrition, malnutrition, ndlr) auquel l’Afrique est désormais confrontée » ;
  • « Adapter l’organisation des soins et des services de santé pour répondre au défi des maladies non-transmissibles et favoriser le développement de systèmes de santé plus intégrés donc plus résilients » ;
  • « Renforcer le dépistage et la prise en charge du diabète gestationnel encore trop peu pris en compte dans les politiques de santé maternelle et infantile » ;
  • « Développer une réponse internationale ambitieuse et innovante avec un financement du diabète et des maladies non transmissibles à la hauteur des enjeux. »

Des propositions urgentes alors que l’insuline, hormone injectée pour réguler le taux de sucre sanguin chez les diabétiques, reste inaccessible pour une grande majorité de malades dans le besoin. A titre d’exemple, au Mali, « une année d’approvisionnement en insuline représente plus de 17% des revenus d’une famille », détaillent les auteurs en référence à une étude publiée en mai 2017 dans la revue PLOS**.

Le monopole des maladies infectieuses ?

Cette meilleure prévention et prise en charge du diabète est prioritaire alors « qu’il existe un réel monopole des campagnes anti-VIH SIDA dans le monde comparé aux maladies chroniques », nous expliquait Stéphane Besançon, directeur de l’ONG Santé Diabète et l’un des auteurs de la tribune du Monde, en février 2017. « Il ne s’agit évidemment pas de freiner l’amélioration de la prise en charge des maladies infectieuses. Mais de mieux considérer le coût des maladies chroniques dont la prise en charge s’avère par définition plus longue donc plus onéreuse… dans le sens inverse des politiques sanitaires de court terme. » Autre position à adopter, « faire reculer la tendance selon laquelle le patient serait, à cause de son mode de vie, responsable des maladies métaboliques ». Ce phénomène accentue « le recul de divers acteurs impliqués dans la couverture préventive et thérapeutique ».

Vous souhaitez vous engager ? Exprimez-vous en faveur d’une meilleure prise en charge du diabète en signant la pétition en ligne ou en faisant un don. Cliquez ici pour la version française ou ici pour l’accès à la page anglophone.

*Le monde comptera 642 millions de patients diabétiques en 2040
**Direct and indirect costs of diabetes mellitus in Mali: A case-control study Clara Bermudez-Tamayo Stéphane Besançon, Mira Johri, Sidibe Assa, Jonathan Betz Brown, Kaushik Ramaiya. Published: May 18, 2017

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