DMLA : une histoire de gros sous qui fait tache

[27 juin 2013 - 09h10] [mis à jour le 19 décembre 2013 à 14h57]

Illustration d’un fond d’oeil qui présente une poussée de DMLA exsudative (« humide ») sous la forme de quelques hémorragies sous-rétiniennes réparties en temporal de la zone maculaire.

Un million de Français souffrent aujourd’hui de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), et cette maladie est aujourd’hui la première cause de handicap visuel après 50 ans.  Depuis plusieurs mois, la prise en en charge de cette affection fait débat en France. Celui-ci concerne un médicament (Avastin®) qui présente le double avantage d’être à la fois efficace et économique… mais ne bénéficie pas d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) en bonne et due forme dans cette indication. Un autre traitement (Lucentis®) est certes disponible ;  Il  est tout aussi efficace, il jouit  de l’AMM requise mais… son coût est 30 fois plus élevé. Les médecins, mais aussi les patients… s’impatientent d’une situation qui paraît ubuesque. Etat des lieux.

Il y a encore un an, bien des ophtalmologistes français prescrivaient  l’Avastin® – un anticancéreux reconnu – dans le cadre de prescriptions hors-AMM pour assurer la prise en charge de leurs patients atteints de  DMLA. Le 10 août 2012 toutefois, la Direction générale de la Santé (DGS) a publié une circulaire interdisant cette pratique. Il y était stipulé que « l’utilisation d’un médicament pour soigner une pathologie sans que celui-ci dispose de l’AMM correspondante est interdite, lorsqu’un autre médicament bénéficie lui-même d’une AMM pour cette indication ».

« La prescription d’Avastin® dans la DMLA est désormais interdite », rappelle le Pr Laurent Kodjikian, professeur d’ophtalmologie, chef de service adjoint à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. En conséquence un seul traitement reste autorisé, le Lucentis®.

Même efficacité

 Très proches dans leurs structures et leurs modes d’action, les deux traitements paraissent également offrir le même degré d’efficacité et de tolérance. « C’est en effet ce qu’a montré  l’étude GEFAL, rendue publique en mai dernier », poursuit le Pr Kodjikian qui l’a présentée lors d’un congrès à Seattle (Etats-Unis). Un travail de référence réalisé auprès de 500 patients, de façon comparative, randomisée et en double aveugle. Et surtout dans dses conditions de totale indépendance. « Il a été financé par le Ministère de la santé et par l’Assurance-maladie », poursuit en effet notre interlocuteur.

Une RTU pour Avastin® ?

« Les résultats de cette étude sont en train d’être transmis aux instances sanitaires », poursuit-il. Entre ces deux molécules, l’enjeu paraît surtout économique. Les ophtalmologistes devront-ils continuer à s’appuyer sur le seul Lucentis® dans la prise en charge de la DMLA, sachant notamment que chaque injection coûte environ 1 000 euros ? Ou à la lumière des données procurées par GEFAL, pourront-ils aussi s’appuyer sur Avastin®, 30 fois moins cher ?

« A priori, il n’existe pas de contre-indication à l’utilisation du traitement le moins cher », glisse un ophtalmologiste de la région nantaise. « La balle est dans le camp des politiques, qui devront trancher ». La solution pourrait prendre la forme d’une recommandation temporaire d’utilisation (RTU). Ce type de  procédure peut être mis en place pour répondre soit à un impératif de santé publique soit –  dans  le cas présent –   à une exigence de maîtrise des dépenses de l’Assurance- maladie.

DMLA-campagne-OkBientôt un nouveau traitement…

L’affaire est donc loin d’être terminée, d’autant que de nouveaux concurrents se profilent à l’horizon et pourraient contribuer à une baisse des prix. Eyléa® a ainsi obtenu une AMM européenne en novembre 2012. Il pourrait être disponible en France dès le dernier trimestre 2013. Le temps précisément, qu’aboutissent les négociations en cours pour établir son prix.

Profitez de la semaine de dépistage

Rappelons enfin que la DMLA se manifeste par une baisse d’acuité visuelle. A un stade plus avancé, le patient perçoit une tache (appelée scotome) au centre de son champ de vision. La vision est également déformée, les lignes droites sont par exemple gondolées. Les ophtalmologistes insistent donc sur l’importance d’un dépistage précoce pour conserver une bonne acuité visuelle le plus longtemps possible.

Pour en savoir davantage, rendez-vous sur le site de l’Association DMLA : www.association-dmla.com/. Elle organise cette semaine les 7èmes Journées nationales d’Information et de Dépistage de la DMLA. Pour connaître la liste des ophtalmologistes participants, vous pouvez aussi appeler le numéro vert suivant : 0 800 00 24 26 (appel gratuit).

 Ecrit par : David Picot – Edité par Marc Gombeaud

Partager cet article