Fukushima : la santé des Japonais sous surveillance

[07 mars 2014 - 11h40] [mis à jour le 07 mars 2014 à 11h48]

L’accident nucléaire à la centrale de Fukushima-Daichi en 2011 a exposé les habitants de la préfecture éponyme à un niveau important de radioactivité. Trois ans après la catastrophe, quelles conséquences sanitaires ont pu être observées au pays du soleil levant ?

Dans la « zone des 20 km » autour de Fukushima, tous les habitants ont été évacués immédiatement après l’accident. Bien qu’ils aient été exposés à des doses importantes d’éléments radioactifs, « aucune conséquence sur leur santé ne peut encore être attribuée avec certitude à cette exposition », estime Jean-René Jourdain, adjoint à la directrice de la protection de l’homme à l’Institut de Radioprotection et de Sûreté nucléaire (IRSN). En effet, l’apparition de cancers suite à une exposition à des éléments radioactifs met du temps. Mais pour s’en assurer, les autorités japonaises ont mis en place plusieurs suivis ciblés.

Des cancers de la thyroïde à prévoir ?

Depuis 3 ans, les enfants de la préfecture de Fukushima font l’objet d’un suivi particulier car ils présentent un risque accru de cancer de la thyroïde. « C’est la seule conséquence sanitaire dont on soit sûr après l’accident nucléaire de Tchernobyl », explique Jean-René Jourdain. En partant de ce constat, une étude épidémiologique sur les 360 000 enfants qui vivaient dans cette zone au moment de l’explosion a été lancée. « Tous bénéficieront d’un bilan thyroïdien, composé d’une échographie, éventuellement complétée par une biopsie en cas de doute », poursuit-il.

Au dernier bilan publié en décembre 2013 par l’Université médicale de Fukushima, « 226 000 enfants avaient bénéficié d’une première échographie. Parmi eux, 27 avaient été opérés. D’autres  – 32 au total – sont encore en attente de résultat. » Pour autant, il est difficile, voire impossible de tirer des conclusions de ces chiffres. « Il n’existe aucune donnée sur les cancers de la thyroïde de ces enfants avant l’accident », souligne Jean-René Jourdain. « On ne peut donc pas comparer la situation actuelle avec une situation ‘normale’. »

Pour se prononcer, les médecins devront donc attendre le deuxième examen. En effet, chaque enfant sera réexaminé tous les 2 ans a partir de 2014, et ce jusqu’à l’âge de 20 ans. Puis tous 5 ans.« Le plus important sera alors de comparer le nombre de cancers diagnostiqués au cours du premier examen au nombre de nouveaux cas observés chaque année », détaille-t-il. « S’il reste constant, on pourra en déduire qu’il n’y a pas d’effet Fukushima. Si l’incidence augmente, alors on pourra parler d’effet Fukushima… »

Un suivi… psychologique

Les enfants ne sont pas les seuls sous surveillance. Un suivi a été mis en place pour les 210 000 personnes évacuées de la zone autour de la centrale nucléaire de Fukushima-Daichi. « Il s’agit dans leur cas d’une surveillance des conséquences psychologiques qui peuvent être liées à cette évacuation », explique Jean-René Jourdain. En effet, « demander à quelqu’un de tout quitter en une heure, sans pouvoir envisager un retour, peut provoquer des dommages significatifs. »

Tabac, alcool, dépression… la qualité de vie de ces populations peut se trouver très affectée par ces changements radicaux. Pour l’évaluer, un questionnaire leur est envoyé par les médecins chargés de ce suivi. « Si des désordres psychologiques sont constatés, les habitants sont joints par téléphone puis se voient proposer une consultation avec un psychologue si nécessaire. » Les toutes premières comparaisons ‘avant-après’ semblent révéler une augmentation de l’obésité, de l’hypertension et des perturbations du métabolisme des graisses et des sucres chez ces individus.

Enfin, les travailleurs de la centrale ayant dû intervenir autour des réacteurs après l’accident font, quant à eux, l’objet d’un dépistage systématique de… tous les cancers. Mais pour le moment, aucune observation n’a été effectuée. « Il est très important de maintenir cette veille médicale renforcée sur le long terme », insiste Jean-René Jourdain. En effet, « une tumeur peut apparaître plusieurs décennies après l’exposition… »

Partager cet article