La masturbation peut-elle devenir une drogue ?

[09 décembre 2016 - 10h38] [mis à jour le 09 décembre 2016 à 10h49]

Longtemps considérée comme une anomalie ou une source potentielle de maladies diverses, la masturbation est aujourd’hui reconnue comme un acte naturel… Elle peut cependant devenir une addiction et cacher un mal profond nécessitant une prise en charge médico-psychologique spécifique. Eclairage avec le Dr Gilbert Bou Jaoudé, médecin sexologue et président de l’Association pour le Développement de l’Information et de la Recherche sur la Sexualité.

« Pour parler de dépendance à la masturbation, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas la fréquence qui est le point important », insiste le Dr Bou Jaoudé. « C’est plutôt lorsque la simple envie laisse la place à un véritable besoin. »

Pour le sexologue, « les sujets touchés (majoritairement des hommes) sont le plus souvent accros à la jouissance et non pas au geste en lui-même. Ils recherchent la décharge d’hormones et de neurotransmetteurs du bien-être que fournit l’orgasme. C’est une drogue naturelle ».

Quelles conséquences ?

A l’inverse de ce qu’affirmait au 19e siècle Samuel Auguste Tissot dans un ouvrage dédié à l’onanisme, la masturbation n’engendre pas de maladies. « Cette pulsion de masturbation ne provoque pas le mal, elle en est le révélateur », continue Gilbert Bou Jaoudé. « Elle est la conséquence et non la cause d’une angoisse ou d’une dépression latente par exemple. L’acte masturbatoire devient en quelque sorte un traitement que la personne se prescrit à elle-même ».

Problème, cette dépendance relève du cercle vicieux. Car le stress ou le mal-être conduisent le sujet à se masturber pour se calmer. S’ensuit une sorte de honte, de déception et de culpabilité qui augmentent le mal-être… et conduit à se caresser pour se soulager encore et encore.

A la question, « peut-il y avoir un risque pour le couple ? » le Dr Bou Jaoudé apporte une réponse de Normand. « Non, si cette addiction est utilisée comme simple anti-stress, cela ne change rien. En revanche à partir du moment où le plaisir obtenu par masturbation devient plus important que lors des rapports sexuels, alors le risque de déséquilibrer la relation devient réel. Par exemple, la masturbation peut être mal vécue par la partenaire qui y voit le reflet de l’insatisfaction sexuelle de son homme».

Quelle prise en charge ?

« La personne qui en souffre aura du mal à consulter, elle sera mal à l’aise. C’est bien normal. Mais c’est aussi une bonne chose. C’est le signe qu’elle a repéré que quelque chose ne va pas. » Il convient donc d’évoquer le sujet avec quelqu’un de confiance, que ce soit le médecin traitant, un(e) addictologue, un(e) psychiatre, un(e) sexologue, un(e) psychologue…

Dès lors, le spécialiste pourra déterminer la cause (stress, dépression, angoisses…). Il essaiera aussi d’évaluer si le patient n’est pas sujet à d’autres addictions « socialement admises » comme le fait d’être accro au sport ou au travail. Ou encore à des produits chimiques (alcool, drogues, médicaments …). Il est en effet fréquent que « l’addiction à la masturbation s’accompagne d’une autre dépendance que le patient ne perçoit pas ».

Côté traitement, la subtilité est de rigueur. « Contrairement à l’alcool, on ne peut pas se permettre d’ôter toute envie. Cela devra passer pas des thérapies comportementales. Et pourquoi pas un traitement médicamenteux pour diminuer les angoisses ? »

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