« Pourquoi je suis accro ? »

14 octobre 2014

Consommée régulièrement, toute drogue augmente le risque de dépendance. Mais qu’est-ce qui pousse le corps à réitérer une expérience dont on sait sa dangerosité ? Les précisions du Pr Vincent Dodin, chef de service de la clinique médico-psychologique (Groupement des Hôpitaux de l’Université catholique), à Lille.

Une première fois, une seconde, puis encore une fois. Et dans le temps s’installe la routine… le besoin irrépressible d’allumer une cigarette, un joint ou de boire un verre.

Comment passe-t-on de l’usage récréatif à l’addiction ?

Vincent Dodin : A chaque prise de drogue, le cerveau secrète de la dopamine, hormone du plaisir qui donne immédiatement confiance et renforce la sensation de puissance. Sur le moment, la prise procure un bonheur intense. Persuadé de se maîtriser, le consommateur va uniquement retenir l’effet positif ressenti, lequel le poussera à réitérer l’expérience. Quand cette situation est exceptionnelle, et ne se fait jamais de manière isolée, on parle d’usage récréatif. Lorsqu’elle est récurrente et que la personne consomme seule, le comportement peut devenir compulsif. Les risques d’accoutumance puis d’addiction surviennent. Ils se confirment lorsque le quotidien s’organise autour de la recherche et de la prise de drogues.

Pourquoi devient-on accro ?

V.D : La « drogue » agit de la même manière que tout médicament, qu’il s’agisse de drogue avec substance (alcool, cannabis, crack…) ou sans substance (cyberaddictions, troubles du comportement alimentaire, jeu pathologique, achats compulsifs, addiction au travail ou au sport). Elle calme une sensation ou une douleur que la personne a l’impression de ne pas pouvoir apaiser autrement. Soulagé dès la première prise, le corps s’habitue alors à recevoir sa dose régulière. Lorsqu’il en est privé, un déséquilibre se crée.

Comment se traduit le manque ?

V.D : Sur le moment, le corps parle et des symptômes physiques se font sentir (crampes, tremblement, frissons, nervosité…). Sur le long terme, le besoin déclenche une forte émotivité voire une irritabilité suivies d’un besoin irrépressible de consommer. Ces crises sont caractéristiques de l’addiction.

  • Source : Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES) – Interview du Pr Vincent Dodin, chef de service de la clinique médico-psychologique (Groupement des Hôpitaux de l’Université catholique) de Lille. Auteur du livre Guérir les addictions chez les jeunes – 100 questions-réponses, Editions Desclée de Browser

  • Ecrit par : Laura Bourgault – Edité par : Emmanuel Ducreuzet

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