En 2011, l’enseignement vétérinaire fêtait ses 250 ans sous la bannière « One world, one health » (« un seul monde, une seule santé »). Dans l’inconscient collectif, la médecine vétérinaire, c’est celle des chiens et des chats. Mais elle va tellement au-delà de cette image d’Epinal. Car santé animale et santé publique se conjuguent parfaitement. Le Pr André-Laurent Parodi directeur honoraire de l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort, membre et Président honoraire de l’Académie nationale de médecine, nous explique en quoi le monde animal est un miroir pour l’Homme.

Rendez-vous était pris à l’Académie nationale de médecine pour rencontrer le Pr Parodi. Surprenant de rencontrer un vétérinaire au sein de docte assemblé ? Pas tant que cela, ils y sont admis depuis la création de l’Académie en 1820 ! Mais commençons par le commencement. Pourquoi décide-t-on de se consacrer à la santé animale ? « Devenir vétérinaire, ça n’a rien d’original », plaisante André-Laurent Parodi. « On le devient car on aime les animaux. On pense qu’en sachant les soigner, on va améliorer leur vie. Mais on méconnaît toute une série de métiers que les étudiants ne soupçonnent même pas lorsqu’ils tentent le concours, notamment dans le domaine de la santé publique. »

Médecine vétérinaire, médecine humaine, même combat ?

Avec l’épopée pasteurienne, les vétérinaires ont su s’imposer comme des pairs dans toutes les instances scientifiques relatives à la santé. Rien d’étonnant à cela pour le Pr Parodi qui, citant Henri Bouley, à l’origine du Nouveau dictionnaire pratique de médecine, de chirurgie et d’hygiène vétérinaires écrivait : « Lorsqu’une profession s’appuie sur les bases solides de la science, elle tend toujours à s’élever. Quelle que soit l’humilité de son origine, elle surmonte les obstacles que peuvent lui opposer les hommes et les choses. »

La médecine animale a tellement su « surmonter les obstacles » qu’en 1823, Emmanuel Leclainche crée à Paris l’Office international des épizooties (OIE), connu aujourd’hui sous le nom d’Organisation mondiale de la santé animale. Vous l’aurez compris, la création de l’OIE précède celle de l’OMS qui date de 1948.

« Les vétérinaires étaient alors particulièrement sensibilisés aux origines infectieuses des maladies » analyse le Pr Parodi. « Leclainche estimait – à juste titre – qu’un observatoire planétaire était nécessaire pour les prévenir et lutter contre les épizooties. Un vétérinaire, ça soigne les animaux. Mais sa profession va au-delà.

Des défis à relever…

Bien entendu, le vétérinaire n’a pas la prétention de soigner les hommes. Cependant, l’histoire contemporaine, riche de crises sanitaires, démontre régulièrement le risque de transmission à l’Homme de maladies infectieuses et parasitaires des animaux (ce sont les Anthropozoonoses de Virchow).  L’action conjointe des médecins et des vétérinaires, est la clé à la fois de la prévention et parfois du traitement de la maladie. »

Plus de 60% des maladies de l’homme sont d’origine animale. « La tuberculose par exemple est très certainement d’origine bovine. Les trois quarts des crises sanitaires récentes (vache folle, SRAS…) sont d’origine animale. L’épidémie meurtrière de Fièvre hemorragique à virus Ebola qui sévit actuellement en Guinée est la démonstration de l’actualité de ces zoonoses. Le virus, hébergé par les chauves souris, est transmis à l’homme par des animaux de la forêt équatoriale et parfois par la consommation de « viandes de brousse »,

En clair, « une santé animale préservée, c’est la préservation de la santé humaine ». Dans la démarche « One world, one health », le vétérinaire apparaît comme élément de vigilance. N’oublions pas, par exemple, son rôle quotidien et décisif dans le contrôle de salubrité des denrées alimentaires !

La profession aujourd’hui ? Pas seulement des vétos de quartier

En 2012, la France comptait 16 718 vétérinaires. Avec une grande majorité de praticiens en activité libérale (15 000). A côté de ces derniers, il existe des confrères et des consœurs (de plus en plus nombreuses !)  travaillant dans de multiples secteurs « émergents » comme la pharmacie, l’agro-alimentaire et la grande distribution… « Leur formation est strictement la même que celle des vétérinaires ‘classiques’. On entre dans une Ecole vétérinaire car on aime les animaux … et puis on apprend qu’il existe d’autres métiers, comme ceux qui concernent la santé publique vétérinaire… Par exemple, la responsable de la qualité des magasins Carrefour® en Chine, est une vétérinaire ! » Une preuve supplémentaire, si besoin était, que le professionnel de la santé animale est un acteur majeur de la santé publique.

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