Attaque chimique en Syrie : des effets neurotoxiques dévastateurs

[05 avril 2017 - 17h57] [mis à jour le 05 avril 2017 à 18h11]

L’attaque chimique perpétrée ce 4 avril à Khan Shaykhun, près d’Idlib (Syrie) aurait fait près de 100 morts et de très nombreux blessés. Les symptômes relevés par les premiers secours sur place évoquent fortement l’usage d’un gaz neurotoxique de type sarin. Un crime de guerre selon les accords internationaux. Une barbarie subie par les populations civiles, parmi lesquelles de nombreux enfants.

« Les images et descriptions symptomatologiques évoquent les effets du gaz sarin », souligne le Dr Jean-François Corty, directeur des Opérations internationales de Médecins du Monde (MdM). L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et Médecins sans frontières (MSF) soupçonnent également l’utilisation de ce composé chimique neurotoxique lors de l’attaque sur un village dans le Nord-Ouest de la Syrie. « Parmi les victimes de l’attaque […] transférées à l’hôpital de Bab Al Hawa, situé à 100 kilomètres au Nord, près de la frontière turque, MSF a constaté chez huit patients des symptômes –pupilles rétractées, spasmes musculaires et défécation involontaire – caractéristiques d’une exposition à des agents neurotoxiques, tels que le gaz sarin. »

« Une hypersécrétion salivaire, des difficultés respiratoires, des nausées, des vomissements, suivis de convulsions », décrit encore le Dr Corty. Dans le cas d’une exposition importante à ce gaz, des « troubles neurotoxiques conséquents entraînent la mort par asphyxie dans un délai très court ». Et si la victime ne décède pas, elle souffre de lésions neurologiques irréversibles.

Des mesures de réanimation

« Sur les images qui nous sont parvenues, les premières mesures mises en œuvre par les casques blancs consistent à ôter les habits des victimes et à les arroser car le composé organophosphoré est soluble dans l’eau », explique le Dr Corty. « Il s’agit de pallier à la première urgence. » Ensuite, des antidotes peuvent aider à sauver des patients. Il s’agit d’atropine pour contrecarrer le choc cardiovasculaire causé par l’exposition au gaz, de benzodiazépines comme le valium contre les convulsions, associé à une oxygénation.

Ces mesures de réanimation n’ont pas pu sauver la plupart des victimes qui sont décédées sur place. « Ceux qui ont été pris en charge dans les hôpitaux sont ceux qui n’ont pas été exposés à des doses trop conséquentes », précise-t-il. « Mais les effets neurotoxiques qu’ils subissent nécessitent un suivi de plusieurs heures ». D’après l’OMS, « les médecins d’Idlib font état de douzaines de patients hospitalisés pour difficultés respiratoires, parmi lesquels de nombreuses femmes et des enfants ».

Des hôpitaux débordés

« Les hôpitaux d’Idlib, la capitale de la province, sont débordés », souligne Jean-François Corty. « C’est pourquoi nous avons envoyé ce matin du matériel pour les aider, de l’atropine, des masques et des gants dans des kits notamment. » Une aide également apportée par l’OMS et Médecins sans Frontières sur place. En outre, certains patients ont pu être transférés dans des hôpitaux du sud de la Turquie.

A noter d’ailleurs que des blessés se trouvaient dans un hôpital d’Idlib qui a subi des bombardements plus tard dans la journée, provoquant de nombreux dégâts.

Pour rappel : l’utilisation d’armes chimiques est un crime de guerre. Elle est interdite par une série de traités internationaux, parmi lesquels la Déclaration de la Haye, le Protocole de Genève de 1925, la Convention sur les armes chimiques et le statut de la Cour pénale internationale.

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