La diaboulimie en 5 questions

[08 mars 2019 - 15h17] [mis à jour le 08 mars 2019 à 15h18]

Anorexie, boulimie… Parmi les troubles du comportement alimentaire, une catégorie reste méconnue malgré les dangers qu’elle comporte. La diaboulimie, qualifiée par certains médecins de « trouble alimentaire le plus dangereux au monde », consiste pour un diabétique à réduire sa prise d’insuline pour maigrir. Des diabétologues et des psychiatres britanniques s’alarment de ce mal dans un éditorial publié dans le British Medical Journal et insistent sur l’importance d’une prise en charge pluridisciplinaire.

En quoi consiste la diaboulimie ?

Ce trouble du comportement alimentaire concerne les patients diabétiques de type 1. Il consiste pour ces derniers à limiter leur prise d’insuline – voir cesser toute injection – pour perdre du poids.

Que se passe-t-il lorsqu’un diabétique limite sa prise d’insuline ?

Sans insuline, le sucre consommé est évacué dans les urines au lieu d’être métabolisé dans les cellules pour y servir de carburant. Il est donc moins transformé en graisse, d’où la perte de poids recherché par les patients. « C’est comme si le patient ne mangeait pas alors qu’il s’alimente quand même », précise le Dr Bruno Rocher psychiatre-addictologue au CHU de Nantes. Problème, le sucre qui n’a pas pu rentrer dans les cellules va alors se retrouver en trop grande quantité dans le sang, provoquant une hyperglycémie.

Que risquent les patientes ?

La gycosurie (la présence de glucose dans les urines) qui résulte de cette hyperglycémie, permet une perte calorique donc une perte de poids. Dans le pire cas, elle peut mener à une acidocétose (le manque d’insuline provoque une acidité sanguine importante). Le trop plein de sucre dans le sang entraîne aussi un rétrécissement des vaisseaux sanguins, qui délivrent alors moins d’oxygène. « Chez les patients diabétiques de type 1, les troubles du comportement alimentaires (TCA) […] augmentent le risque d’hospitalisation pour acidocétose, de complications microvasculaires (en particulier de rétinopathie) et de décès (notamment par suicide) », indique le Pr Patrice Darmon du Service d’Endocrinologie, Maladies Métaboliques et Nutrition (Hôpital de la Conception) à Marseille.

Qui est concerné par ce trouble ?

« Chez les enfants et les adolescents présentant un diabète de type 1, il existe une augmentation du risque de désordres psychiques, tels que l’anxiété, la dépression ou les troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires », souligne le Pr Darmon. « Et ceci, en particulier lorsque le diabète survient durant la préadolescence, à cette période où les transformations physiques et psychologiques s’accélèrent. » Globalement, tous les TCA – y compris la diaboulimie – concernent plus fréquemment les jeunes femmes de 15 à 30 ans. La diaboulimie « pourrait toucher de 10 à 40% des adolescentes et jeunes femmes diabétiques de type 1 », ajoute-t-il.

Comment repérer et prendre en charge pour ces patientes ?

Etant donnés les risques létaux induits par la diaboulimie, « il est donc essentiel de savoir repérer précocement ces troubles  et de bien orienter les patients. » Pour le Pr Darmon « chez un patient DT1, et surtout s’il s’agit d’une jeune fille, un déséquilibre glycémique inexpliqué (HbA1c élevée, hypoglycémies répétées et/ou sévères, grande variabilité glycémique) doit toujours faire rechercher un TCA ». Par ailleurs, « des préoccupations excessives autour de l’apparence, du poids et des aliments, une dysmorphophobie, une volonté de contrôle et de maîtrise, un manque de flexibilité mentale ou un désir de perfection » doivent aussi alerter.

Une fois le diagnostic confirmé, « la prise en charge [reste] particulièrement complexe », souligne le Patrice Darmon. Celle-ci « doit s’appuyer sur une équipe pluri-professionnelle expérimentée, capable d’appréhender les aspects nutritionnels, psychologiques et environnementaux, mais aussi les problématiques directement en lien avec le diabète de type 1 et son traitement. »

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