Alcool : l’Académie de médecine dénonce le poids du lobby

[30 avril 2019 - 11h56] [mis à jour le 30 avril 2019 à 11h58]

Chaque année en France, l’alcool provoque 41 000 décès. Et la consommation ne va pas en diminuant. L’Académie nationale de médecine s’insurge aujourd’hui contre le manque de mesures prises par les pouvoirs publics pour lutter contre ce fléau. Mais aussi contre les freins du lobby alcoolier…

« Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la consommation d’alcool ne baisse plus en France », alerte l’Académie nationale de médecine. Selon les derniers chiffres publiés par Santé publique France en février 2019, la consommation a stagné entre 2013 et 2017.

Pour autant, selon l’institution, les mesures prises pour protéger les Français de ces excès et de ces addictions restent largement insuffisantes. A l’origine ? La capacité du « lobby alcoolier d’instiller le doute sur les ravages de l’alcool ». Les messages véhiculés sur les bénéfices du vin lors « d’interventions ministérielles, la diffusion de dépliants scolaires pour les 3-6 ans sur la vigne » en sont quelques exemples.

Taxe, loi Evin, pictogramme…

Pour faire reculer cette consommation, l’Académie propose différentes pistes, mises en avant à plusieurs reprises par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Institut national du Cancer (INCA), la Cour des Comptes et la Haute Autorité de Santé : interdire la publicité faite de l’alcool en respectant les jalons de la loi Evin, indiquer clairement la teneur en alcool sur les packagings (grammes, teneur en calories), informer le consommateur que l’alcool, même avec modération, est dangereux pour la santé…

Autre mesures à prendre, apposer sur chaque bouteille un pictogramme lisible informant les femmes enceintes du danger de l’alcool pour l’enfant à naître. Certes, cette inscription est obligatoire depuis 2006. « Cependant, trop petit, difficile à trouver et à comprendre sans explications préalables, il ne remplit guère la fonction qui lui était destinée. (…) les discussions pour l’agrandir et le contraster s’enlisent depuis des années face à l’opposition farouche du lobby alcoolier », dénonce l’Académie. Pour rappel, lorsqu’il est exposé in utero, le fœtus peut développer un syndrome d’alcoolisation fœtale et développer un grave retard mental en grandissant.

Enfin, l’Académie souhaite « taxer les boissons alcooliques au gramme d’alcool et d’établir un prix minimum de vente par gramme d’alcool (comme en Écosse) ».

Cancers, retard mental, violences conjugales…

Des mesures à prendre pour protéger les plus jeunes notamment. L’alcool constitue en effet la première cause évitable de mortalité des 15-30 ans. Dans le détail, « 50% des élèves de 6ème ont déjà expérimenté l’alcool, 20% des élèves de terminale sont des consommateurs réguliers ».

Dans la population générale, l’alcool est la 2ème cause évitable de mortalité par cancer après le tabac.

De façon générale, chaque année en France, 30 000 hommes et 11 000 femmes perdent la vie des suites de consommations excessives.

Chez les adultes, ces boissons provoquent des situations de violences conjugales. Dans ce contexte, elles déclenchent précisément 40% des agressions faites aux femmes et aux enfants. Enfin, l’alcool engendre un tiers des décès des accidents mortels de la route.

A noter : les nouveaux repères publiés par Santé publique France en mars 2019 encouragent à un « maximum 10 verres par semaine, maximum 2 verres par jour, des jours dans la semaine sans consommation ». Or « près d’un Français sur 4 de 18 à 75 ans dépasse au moins l’un de ces trois repères ».

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